Transports en Ville
La nouvelle A45, une Déclaration d'Utilité Publique bien inutile !
(samedi 19 juillet 2008 à 18:55)

La future autoroute A45 qui reliera en 2015 Lyon à Saint-Etienne vient d'être déclarée d'utilité publique ce jeudi 17 juillet au journal officiel. Ce nouvel axe autoroutier de 48km doublerait l'autoroute A47 déjà existante sur ce même tracé. Un site officiel du projet a d'ailleurs été mis en place par la Direction Régionale de l'Equipement de la Région Rhônes-Alpes.

carte des principaux axes de transport de la région Lyon-Saint-Etienne

L'autoroute A47, ouverte entre 1962 et 1991, suit le fond de la vallée du Gier sur une quarantaine de kilomètres. Cette voie aux caractéristiques anciennes présentent plusieurs difficultés :

  • Son insertion dans un tissu densément urbanisé de fond de vallée rend son élargissement malaisé. De plus, elle ne comporte pas de BAU (bande d'arrêt d'urgence) sur une grande partie de son tracé et ses bretelles d'échangeurs sont trop courtes. En conséquence, l'accidentologie est élevée et la vitesse limite y est souvent rabaissée.
  • Puis, elle supporte également un trafic important, reliant Lyon à Saint-Etienne, mais au delà à Clermont-Ferrand via la A72 et à Rodez et Toulouse via la RN88. Elle connait de nombreux bouchon aux alentours de Givors (vers Lyon).
  • Enfin, miser sur le ferroviaire pour absorber l'excédent de trafic couterait cher (1,6 milliards d'euros la requalification lourde de la ligne de chemin de fer selon le site officiel du projet).


C'est donc tout naturellement que la direction générale des routes a initié un projet de doublement de l'autoroute existante via un nouvel axe, établi parallèlement à l'axe existant, qui permettrait de déclasser l'autoroute existante en simple départementale. Les coûts d'établissement de cette nouvelle A45 sont estimés entre 1,1 et 1,3 milliards d'euros.

Le projet est aujourd'hui bien avancé puisque les études d'APS et l'enquête publique sont achevées, que la DUP est déclarée, préalable à la désignation du concessionnaire qui devrait intervenir, après appel d'offre fin 2008 début 2009. Le premier ministre François Fillon le répétait d'ailleurs en décembre 2007, juste après le Grenelle de l'environnement : l'A45 ouvrirait bien en 2015 !

Des hypothèses de départ un peu biaisées...

Jusque-là, tout roule ! Sauf que... les présupposés justifiant la construction d'une nouvelle autoroute au détriment d'autres solutions ne sont pas aussi solides que l'on voudrait bien nous les présenter

Reprenons les dans l'ordre :

  • L'A47 est peu sûre et impose de nombreuses limitations de vitesse.
  • L'A47 ne pourra pas faire face à un accroissement du trafic.
  • La requalification de la ligne de chemin de fer existante vaudrait plus cher que la construction d'une nouvelle autoroute.


Pour le premier argument, rappelons qu'une amélioration de l'A47 a été engagé depuis 2006, consistant en réfection de chaussée et viaduc. Concernant les congestion de trafic, une amélioration des dispositifs d'information sur l'A47 permettrait de gérer au mieux les situations habituelles de congestion (d'après l'expertise mené par le cabinet ISIS, aujourd'hui Egis Mobilité).

De plus, les limitations de vitesse imposée par un tracé difficile ne sont pas si inintéressantes à l'époque actuelle, quand l'essence dépasse fréquemment les 1.5 euros le litre, et que de nombreuses voies s'élèvent pour demander un rabaissement de la vitesse limite sur les autoroutes de 130km/h à 110km/h.

Concernant l'accroissement du trafic annoncé, là aussi, le bât blesse :

  • Tout d'abord le trafic s'est stabilisé depuis quelques années sur l'axe Lyon-Saint-Etienne.
  • Ensuite, l'ouverture de l'autoroute A89 au nord entre Balbigny et Dardilly permettra aux automobilistes reliant Lyon à Clermont-Ferrand, et au delà, de shunter Saint-Etienne et donc l'A47, ce qui fera sensiblement baisser le trafic de transit, objectif affiché de la future A45 !
  • Puis, l'essentiel du trafic sur l'axe Lyon-Saint-Etienne est pendulaire (trajets domicile-travail), facilement absorbable par des TC performants, et non dû à un trafic de transit. (source ISIS).


Des coûts annoncés surprenants, voire fantaisistes !

Enfin, concernant le coût supposé d'une amélioration de la ligne de chemin de fer existante, les chiffres fournis par le site officiel sont pour le moins surprenants !

La requalification de la ligne de chemin de fer existante couterait 1,6 milliards d'euros, soit 45% plus cher que l'établissement d'une nouvelle autoroute comportant 11 viaducs et 4 tunnels (soit 1,1 milliards la nouvelle A47 « clés en main ») ??

Et cette amélioration du ferroviaire n'établirait la part modale du train qu'à 16% du trafic entre Lyon et Saint-Etienne ??

Pourtant, l'amélioration de l'offre avec la mise en place du cadencement attendue en Rhones -Alpes en 2008, la création de nouvelles haltes au plus près des zones d'urbanisation et la reconstruction ponctuelle de certaines portions de voies permettraient des gains significatifs de temps de trajet, et donc de part de marché. Ainsi, un transport en commun (TC) performant sur les dessertes radiales (trafic pendulaire) assure au RER parisien près de 75% de part de marché sur ce type de déplacement, bien supérieur au 16% annoncés ici.

Le transport collectif, éternel faire-valoir

De plus, l'expertise menée par le cabinet ISIS parle (en 1997) de 50 MF (soit 7,5 millions d'euros) pour une rectification de tracé à Lorette, permettant de gagner 6 à 7 min sur un temps de trajet total de 56 minutes. On est bien loin des 1,6 milliards d'euros annoncés. Pour mémoire, pour 1,6 milliards d'euros, on fait entre 90km et 100km de ligne nouvelle à grande vitesse (17millions d'euros le km de LGV nouvelle sur le futur Rhin Rhone ou le récent TGV Est)...

Enfin, les 1,2 milliards d'euros annoncés nécessaire à la contruction de la nouvelle A45 ne prennent pas en compte les coûts de requalification de l'actuelle A47, dont la « capacité est maintenue », dixit le site officiel, et qui s'établirait entre 850 et 1200 millions d'euros.

Le cout total du projet autoroutier est donc plus proche de 2,1 milliards d'euros, à comparer au milliard que couterait la construction d'une ligne à grande vitesse complète entre Lyon et Saint-Etienne, ou aux quelques centaines de millions que couterait la réfection complète de l'infrastructure existante.

Enfin, pour parachever ce tableau, il faut rappeler que ce projet rencontre de très nombreuses oppositions, de la part des riverains et élus locaux concernés, mais aussi, fait plus étonnant, de la part de la communauté urbaine du Grand Lyon, pour les raisons citées au-dessus (projet autoroutier anachronique, coût élevé, non prise en compte des transports collectifs...).
Comme quoi, le malaise rôde même chez les décideurs politiques !


Réaffirmer l'utilité d'une liaison si controversée quelques semaines à peine après le Grenelle de l'Environnement, comme le faisait M. Fillon, tenait certainement de la maladresse. Mais au vu des éléments du dossier, promouvoir l'A45 au détriment de solutions moins onéreuses et plus « écologiques» tient certainement de la malhonnêteté intellectuelle, voire de la malhonnêteté tout court !


Ps : le même article aurait pu être écrit à propos de la future autoroute A65 Langon-Pau...

Pour se documenter sur le sujet :

Olivier Marquet
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Commentaires

1. Le dimanche 20 juillet 2008 à 21:00, par lilirhone

Bonjour,

En ce qui concerne les associations de riverains anti autoroute, je rappelle qu'il existe un phénomène appelé ' NIMBY ' , not in my backyard, qui consiste a refuser tout changement a proximité de sa maison ( """autant que le nouveau projet soit fait chez les autres, pas dans mon jardin""") . Pour illustrer ce phénomène, voir par exemple ce site d'association de riverains ( ferroutage.chez-alice.fr/ ) qui sont contre le ferroutage. Pourtant, on pourrait penser que le ferroutage serait accepté de nos jours pour réduire les nuisances des poids lourds sur autoroute.

Comme quoi, le fait qu'une association de riverains et de maires soit contre l'A45 n'est pas une preuve de son inutilité.

2. Le lundi 21 juillet 2008 à 00:55, par Olivier

Bonjour,

Effectivement, le phénomène "nimbyste" bien connu n'est pas en soi un gage de l'inutilité des projets dénoncés.

Pour autant, Il ne faudrait pas évacuer l'avis des élus et citoyens riverains sous prétexte qu'ils sont riverains ! Ils ont souvent une connaissance du terrain et du paysage supérieur à n'importe quel architecte ou ingénieur.

Ensuite, j'ai souligné le fait que la communauté urbaine de Lyon, regroupant 57 communes dont toutes ne sont bien évidemment pas riveraines de la future autoroute, avait manifesté sa désapprobation globale du projet.

Enfin, le phénomène nimbyste n'annule ici en rien les nombreux arguments avancés dénonçant l'inutilité et la partialité du projet (autoroute contre TC).

3. Le mardi 26 août 2008 à 19:00, par Benoît L.

Depuis plusieurs dizaines d'années, on a toujours estimé que la solution à des problèmes de déplacements, c'était de créer toujours plus d'infrastructures routières.
Les transports en commun n'étaient (et c'est généralement toujours le cas) pas considérés comme une alternative à la voiture, mais bien comme un paliatif pour ceux qui n'on pas le choix et un moyen de réduire un peu l'engorgement sur des axes lourds.
Forcément le débat est biaisé puisque, par exemple, on n'envisage pas qu'une organisation plus efficace des transports en commun puisse prendre plus que quelques pourcents à la part voiture.

Je crois réellement qu'aujourd'hui, si l'on veut vraiment s'attaquer aux problèmes de déplacements, il ne faut pas hésiter à change de logiciel et à poser les problèmes de manières complètement différentes.
Quelques pistes :
- renforcer la multipolarité des territoires pour les restructurer,
- concevoir des systèmes multimodaux de déplacements comme de vraies alternatives à la voiture individuelle à toute heure, en tout lieu et pour tout type de déplacements, même s'il faut parfois s'organiser un peu,
- considérer tout projet en fonction de son coût global.

Je peux vous dire qu'à Toulouse, il y a du boulot, mais aujourd'hui il existe des opportunités alors telles des fourmis, on laboure. C'est pas facile car, pour dépasser les discours, les résistances sont fortes.
A voir ce que cela aura donné à la fin de ce mandat.


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